IA, e-santé, plateformisation de l’économie, objets connectés…, viennent bouleverser l’équilibre d’un secteur toujours fragile. C’est aussi un secteur qui est à la croisée de différents enjeux sociétaux, dont celui du vieillissement de la population. N’en déplaise aux robots, il faudra bien des humains pour s’occuper de la part grandissante de population vieillissante et ce,  dans différents domaine de la vie.

En effet, avec le vieillissement de la population, les besoins en aide à domicile vont continuer à exploser d’ici à 2030. Le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus passera d’une personne sur sept (17 %), actuellement, à une personne sur quatre (25 %), en 2030 au Québec[1] par exemple.

Ainsi, de nombreux projets voient le jour dans différents pays, c’est dire que la situation a de quoi inquiéter. La pyramide des âges, n’a plus la forme d’une pyramide ! Comment accompagner le vieillissement de la population ? Qui est en capacité d’agir afin de créer et mettre en œuvre une solution globale, et qui nécessitera l’intervention de différents acteurs, sans distinction de taille ou de type d’organisation.

Et c’est là où il nous semble que nous ne traitons le sujet par effet de mode. Après plus de 13 ans de le secteur, force est de constater que nous ne voyons pas l’ombre d’une solution globale impliquant les différentes parties prenantes.

  • Des appels à projet réservé à des startups de moins de 3 ans, ou à des associations
  • De l’IA en veux-tu en voilà
  • Des robots compagnons
  • Des objets connectés
  • De l’e-santé
  • De la techForGood

 Entre effet de mode et solutions pragmatiques, j’avoue y perdre mon latin. Pourquoi se limiter à des startups ou à des associations si le but est de trouver des solutions et de s’unir pour relever un défi de société, qui plus est, mondial. Pourquoi les villes et régions rechigne à travailler avec le secteur privé, sous prétexte qu’il faut être une association ou une coopérative ? Les objets connectés n’aurait-il pas plus de valeurs s’ils pouvaient interagir avec les entreprises de services locales ?

Faudra-t-il de L’IA ? Certainement que cela sera utile quelque part, un jour, mais en attendant de trouver des applications concrètes, pourquoi ne travaillons nous pas avec notre intelligence humaine, notre intelligence émotionnelle. Puisqu’après tout, c’est bien le premier besoin de ce secteur. Que nous fassions preuve d’intelligence émotionnelle. L’enjeu réside bien plus dans la structuration de l’ensemble de la filière dans un but commun identifié, que dans le manque de technologie. La technologie est là, les parties prenantes sont également présentes, mais pas suffisamment organisée.

Formation, recrutement, revalorisation des salaires, attractivité des métiers de la filière sanitaire et sociale, accessibilité des services à domicile, virage numérique des sociétés de services, coordination, interfaçage… C’est toute la chaine qu’il faut repenser et consolider. La technologie, pour la technologie n’a aucun sens. Le secteur a besoin d’un chef d’orchestre pour faire le lien sur l’ensemble de la chaine de valeur des services.

Qui ? Qui peut  bien jouer le rôle de chef d’orchestre ? Nous concernant, nous pensons qu’une organisation bicéphale s’impose assez naturellement.

De grands opérateurs tels que les compagnies d’assurance concluent des partenariats pour créer des enseignes nationales. Exemple en France, ADMR, AG2R et le Crédit Mutuel ont conclu un partenariat pour créer une enseigne nationale commune pour fournir des prestations de services à domicile à leurs 15 millions de clients. Une telle alliance montre bien le fort intérêt pour ce secteur. Leur implication d’un point de vue assurantiel et dans la mise en œuvre de services ainsi que leur connaissance du secteur et des différentes parties prenantes font des assureurs un candidat idéal. Il est clair qu’améliorer la coordination avec les sociétés de services tout en pérennisant la qualité de services avec des professionnelles est un enjeu opérationnel et économique majeur.

Les pouvoirs publics sont évidemment incontournables. Qui mieux que l’état peut aider à améliorer la structuration de toute la filière. Il s’agit notamment de repenser la formation et/ou créer des ponts afin de faciliter la croissance d’une main d’œuvre bien trop rare.  Mais ce n’est pas le seul enjeu. L’histoire récente montre que l’ubérisation concerne principalement des secteurs atomisés où les PME, voire les TPE, sont majoritaires. Ce fut le cas de l’hébergement et des transports. C’est aujourd’hui le cas des services à la personne avec 79% de TPE. Dans ces secteurs, les acteurs traditionnels n’ont pas toujours les moyens financiers et les compétences pour mener la transformation numérique. Selon une étude de Dell Technologies et Vanson Bourne, réalisée en 2016, le secteur des services à la personne est ainsi classé 11ème sur 12 en termes de maturité numérique.

Il est donc également important d’accompagner le secteur dans sa transition global et d’éclairer ces entreprises sur l’impact de la 4ème révolution industrielle sur leur secteur.  La menace est bien réelle ! Sans verser dans le catastrophisme, il suffit d’être à l’écoute des signaux faibles. D’observer l’essor et la place de l’internet et du mobile, le besoin d’instantanéité dans la gestion de nos besoins. D’observer aussi la vitesse d’adoption des nouvelles plateformes. Les services à la personne doivent par conséquent s’adapter, au sens Darwinien du terme​, c’est-à-dire mettre en œuvre les mécanismes d’ajustement fonctionnel de l’être vivant à son milieu leur permettant d’améliorer leurs chances de survie.

 Les avantages d’une telle construction, dépasserait largement le seul cadre de l’aide à domicile.

Le secteur est un important pourvoyeur d’emplois. Dans le classement établi par le Groupement des Professions de Services, entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, elle figure au troisième rang en termes de création d’emplois.

Les milliers d’entreprises préservent le tissu économique et social local. Les services à la personne sont des activités (presque) de quartier. Les imaginer globalisées, sans faire appel aux acteurs locaux, apparaît impossible, tellement ce serait contre-nature.

Avec une meilleure visibilité et accessibilité, le secteur pourrait connaitre une croissance plus solide et durable, car cela permettrait de tisser un lien entre le besoin local et l’offre locale.

De nouveaux services pourraient également émerger grâce à un accès quasi instantané aux sociétés de services.

 

 

[1] Selon le colloque organisé par l’organisme Coup de Main à Domicile, au Centre des congrès de Rimouski

[2] Guillaume Hébert, chercheur à l’IRIS, L’armée manquante au Québec : les services à domicile, octobre 2017
http://iris-recherche.s3.amazonaws.com/uploads/publication/file/Note_SAD_WEB_02.pdf